La végétalisation à Rennes : un pari impossible ?

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Avatar de l'auteur "Charline N." Charline N.

le 11 août 2021

SOMMAIRE

Rennes est l’une des grandes villes les plus arborées de France, grâce aux vastes espaces boisés qui la bordent. Cependant, les habitants expriment de plus en plus activement leur désir de voir le centre-ville plus végétalisé. En effet, si la périphérie rennaise ne manque pas de feuilles, le centre est beaucoup plus minéralisé. Le feuillage recouvre seulement 11 % de la surface aérienne du centre-ville de Rennes, contre plus de 30% dans le quartier de Maurepas, qui se situe près du parc des Gayeulles.

La vie économique et culturelle, tout comme l’immobilier neuf à Rennes sont en constant développement. La ville, particulièrement dynamique, est réputée pour sa qualité de vie très agréable et pour les nombreux étudiants et familles qui viennent s’y installer chaque année. Les élus locaux ont donc décidé d’améliorer encore plus le cadre de vie des Rennais, en installant plus d’arbres et de végétaux dans les rues et les places du centre-ville. Ce projet permettra d'embellir la ville en augmentant la végétalisation de Rennes.

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Pourquoi faut-il végétaliser la ville de Rennes ?

Les grands espaces constitués de pierres ont l’inconvénient de stocker la chaleur en été et de la restituer la nuit. Ils rendent ainsi les épisodes de forte chaleur encore plus difficiles à supporter dans la ville. Avec les canicules qui seront de plus en plus importantes à l’avenir, il est essentiel de développer des îlots de fraicheurs et d'ombres dans le centre de la métropole pour protéger les enfants, les personnes âgées, les cyclistes...

Par ailleurs, les arbres absorbent le carbone, ce qui est un réel avantage au cœur des villes où la concentration de CO2 est importante.

De nombreux projets pour développer la canopée de Rennes

Stopper l'extension minérale en ville, au profit du végétal, et favoriser les mobilités douces sont les deux promesses phares de la campagne de la nouvelle équipe municipale. Depuis le début de leur mandat, en juillet 2020, ils multiplient les expérimentations pour atteindre ces deux objectifs.

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1500 végétaux plantés à la Prévalaye

En novembre 2020, des élèves du lycée Saint-Exupéry et des agents de la ville ont planté ensemble 1 500 végétaux à la Prévalaye, sur une bande de 700 m. Le but est de créer une haie bocagère et de sécuriser la piste cyclable entre Rennes et Saint-Jacques-de-laLande. C’est un véritable corridor écologique qui a été créé sur cette voie.

30 000 nouveaux arbres dans la ville

Un autre projet de la municipalité est de planter plus de 30 000 arbres, sur les cinq prochaines années, afin de revégétaliser la ville. Dans la même logique, les pistes cyclables et les voies pédestres ne seront plus forcément bitumées.

« Nous souhaitons mettre en place une politique de désimperméabilisation des sols, afin qu’ils puissent mieux absorber les eaux pluviales. Moins de bitume, c’est aussi réduire l’impact du réchauffement climatique avec des sols qui chauffent moins pendant les périodes de forte chaleur ».
Didier Chapellon, adjoint en charge de la biodiversité à la Mairie de Rennes

La suppression du parking Vilaine

La maire de la ville, Nathalie Appéré, a annoncé dernièrement que le parking Vilaine, situé entre République et la place de Bretagne, sera supprimé. Un jury citoyen doit se pencher sur sa future destination, mais la destruction de cette grande dalle en béton, au profit du végétal, semble définitivement actée.

La végétalisation de la place de la mairie

En avril 2021, le conseil municipal de Rennes a validé un avant-projet de végétalisation de la place de la Mairie. Un souhait formulé par les riverains depuis plusieurs années, mais plusieurs fois repoussé à cause des nombreuses contraintes.

À partir du mois de novembre, 245 m² de pierres seront donc cassés sur cette esplanade pour faire prendre racine à dix-huit arbres. Le coût de l’opération s’élève à 204 000 €, dont 120 000 seront pris en charge par la métropole pour les travaux de voirie, d’assainissement et d’éclairage, et 84 000 par la ville pour les espaces verts.

Les associations rennaises choisiront les espèces à planter. L’Architecte des bâtiments de France impose simplement qu’ils ne mesurent pas plus de 15 m, afin de ne pas cacher l’hôtel de ville, l’opéra et les toits de la ville.

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La suppression du parking de la Parcheminerie

Le parking, situé au milieu du parvis du théâtre de la Parcheminerie, sera prochainement supprimé. Le projet de réaménagement prévoit à la place une végétation basse et variée, afin de rendre cette place plus agréable pour les habitants et les petits commerces autour.

L’ouverture des jardins privés

Planter de la végétation dans un centre-ville est particulièrement complexe. C’est pourquoi la municipalité réfléchit à des solutions complémentaires pour proposer de nouveaux espaces verts aux habitants. Elle négocie notamment l’ouverture de jardins privés, aujourd’hui fermés au public, comme ceux de la fac d’économie, près de la place Hoche, ou celui de la résidence Ambroise- Paré, près du Vieux Saint-Étienne.

La construction de corridors écologiques

L’équipe municipale a également prévu de prolonger les grands parcs de la périphérie vers le cœur de la ville, grâce à de nouveaux arbres qui formeront des corridors écologiques. Il s'agit ici de développer la canopée urbaine, d’offrir de nouveaux habitats aux espèces animales et de proposer de nouveaux lieux de balades aux habitants.

Le budget participatif pour verdir la ville

Les élus souhaitent que les Rennais soient moteurs de cette politique “verte” en proposant eux-mêmes des lieux où planter des végétaux dans la ville. Ainsi depuis 2016, le budget participatif donne la parole aux habitants et leur permet de proposer leurs idées de projet en lien avec l’écologie, la solidarité et le sport.

Dans l’édition 2021, ce sont donc 31 projets de riverains qui ont été sélectionnés parmi les 252 déposés. Nombre d’entre eux portent sur la végétalisation des quartiers, comme par exemple :

De nombreuses contraintes à contourner

Tous ces projets portés par l’équipe municipale permettraient d’augmenter de 25 % le patrimoine arboré de la ville en six ans. C’est très ambitieux, surtout lorsqu'on connaît les contraintes rencontrées lors de la végétalisation d’une ville.

Il faut tout d’abord trouver l’espace disponible pour planter les arbres et les végétaux, dans un centre-ville déjà encombré. Douze hectares doivent être dégagés sur l’espace public de la ville de Rennes pour faire aboutir ces projets verts.

©Kiev.Victor - Shutterstock

Une grande partie des 30 000 arbres à planter prendront donc place dans les parcs et jardins qui sont plus faciles à densifier. Végétaliser les voies est beaucoup plus délicat, car cela nécessite de déplacer les réseaux situés dans le sol (fils électriques, câbles Internet, canalisations…), afin qu’ils ne soient pas endommagés par les racines des arbres. Et ce déplacement engendre forcément des coûts de travaux plus élevés.

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